Jour 4 de résidence : jeudi 26 mars 2020 / contrastes

Les deux camarades de confinement sont à l’Intermarché. Premier instant de solitude. Le contraste est perceptible. Pas de séance de coiffure. Pas de cris de joie. Pas de musique. Pas de bruit de fond d’une conversation sur Skype ou du énième épisode d’une série. D’un coup plus rien. Le vent se lève. C’est quand l’être humain s’enferme dans les rayons d’un supermarché que la nature à nouveau se fait entendre. Parce que les êtres ferment derrière eux la porte de leurs maisons et qu’ils n’en sortent que pour se frayer un chemin à distance raisonnable des autres que la pollution disparaît que les oiseaux se mettent à chanter dans les grandes villes et maintenant que le bruit des voitures ont cessé celui du vent pourrait nous réveiller la nuit. Contrastes. Ici les mots se tapent au soleil. Là-bas les mots se déploient dans le long couloir froid d’un service hospitalier. Ca crie Urgence pendant que j’écris Patience. L’une choisit qui vivra. Moi je choisis entre un mot et un autre. Contrastes. L’autre répète Sans contact ? à la fin du bip bip bip des courses défilant sur le tapis roulant de l’Intermarché. Moi je laisse défiler. Mes mots sont en roues libres et le sans contact n’a pas d’intérêt et je ne crains aucun postillon et je ne porte aucun masque et le contraste persistant d’une nature à l’autre d’un être à un autre je ne peux laisser les mots s’échapper et j’en aligne quelques-uns sur la page. Que puis-je faire d’autres ? Que ce contraste là dans le confinement d’un document word une trace en soit faite. Qu’il porte en lui une mémoire aussi subjective soit-elle dans les couleurs tranchées des mots écrits noir sur blanc. Et je quitte mon clavier et je me dirige vers l’évier de la cuisine et je me lave les mains au savon de Marseille et pendant toute la durée du temps de frottage dans ce geste partagé par des millions d’êtres sur toute la planète je vois défiler les mille et les mille vies qui protègent leurs bouches comme elles peuvent et qui sauvent. Et je veux oublier personne. Et j’en oublie. Evidemment. Il y en a tant.

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