Et vous que faisiez-vous le dimanche à 15 ans ?

15 ans, facile, c'était en 1970. Juste après 68 (enfin le droit de porter des pantalons, excepté ceux en jean) et première année au lycée. Nous habitons aux marges de Versailles, au 6e étage d'un HLM, vue imprenable sur la non mixité sociale : maisons en meulière d'un côté, bâtiments « fonctionnels » de l'autre. Mais c'est nous qui avons la lumière et le soleil.

Le dimanche, quoi dire du dimanche ? On se lève tard, parce qu'il y a eu cinéclub la veille et que nous avons fait les opératrices (plutôt réparatrices!) avec ma soeur. Pendant ce temps, notre père discourait, discourait et discourait encore sa passion cinéphile. Et le dimanche matin, il s'affaire à son autre passion, la cuisine. Imaginez le mélange d'odeurs de café/croissants et viandes avec oignons rissolés. Saoulées la veille, écoeurées le matin. Notre mère elle se détend : autrement dit, elle nous demande de ranger notre chambre, s'énerve, frotte des carreaux, s'attaque au parquet... bref, le stress au travail dans les années 70, c'était engueulades garanties à la maison. Je dis toujours qu'on a perdu l'art de l'engueulade, peut-être est-ce lié à ces souvenirs ?

Ouf, à 15 ans, je suis la plus jeune, donc évidemment, les deux aînées m'ont définitivement lachée, j'ai désormais une chambre à moi toute seule. Ouf, à 15 ans, je ne suis plus soumise à la directive « les enfants ça s'aère le dimanche ». Je suis trop grande pour les courses en patins à roulette, pour la promenade au parc du château. Trop jeune pour avoir le droit de prendre le train et m'aventurer dans Paris : tout juste à 20 minutes, mais c'est encore une autre planète. Une espèce d'entre deux, qui ne va pas durer en fait.

Le déjeuner : il faut s'enthousiasmer pour les exploits culinaires du pater. Ce n'est pas dur, même si le petit déjeuner est un peu trop proche. Il faut vérifier sur le planning de la répartition des tâches élaboré par notre mère : qui est de vaisselle ? « Faire la vaisselle, c'est très bon pour l'équilibre » sussure papa...

Et le dimanche après-midi ? : le plus souvent la grand messe laïque (ma mère en bonne fille de bretons a tenté une éducation catholique, mais ça a été un échec) :

Sortir la planche à repasser, faire un tas du linge, allumer la radio. Ta-ta ! L'émission La tribune des critiques de disques dans l'odeur d'amidon (encore un truc disparu, contrairement à La tribune) et les glissements plus ou moins heureux du fer à repasser. Et mon père qui soliloque encore... prof même le dimanche !Et le soir ? Faut faire ses devoirs, mais d'abord lire. Mes parents sont anti-télé, anti-bd, ils sont persuadés que tout ça rend stupide et réac. Ils sont un peu naïfs : je consomme tous ces agents de la perversion intellectuelle et idéologique à la bibliothèque du quartier et chez des copines.


Au final, une ambiance plutôt confinée, vous ne trouvez pas ?Tout à coup me revient un titre de bouquin de l'époque : « Adieu mes quinze ans ». Et je découvre à l'instant qu'il en a été fait un feuilleton... en 1971 !

Hélène


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